LETTRE
E N
FORME DE DISSERTATION,
Pouvant, servir de Supplément à VEloge
d'Antoine PE TI T.
Par le citoyen TAP , officier de santé.
A PARIS,
Chez Guirma, Imprimeur - Libraire , rue Gît - le - Cœur j
n°.16.
AN CINQUIÈME C J 797
9
ÉLOGE
D’ANTOI'NE PETIT,
Docteur - Régent de la faculté de méde¬
cine en la ci-devant Université de Paris ;
Membre de l’Académie des Sciences de
Paris et de celle de Stockoîm; ancien
Professeur d’anatomie, de chirurgie de
de l’art des accouchemens, etc 3 etc.
Prononcé par le citoyen ' T A P , officier
de santé , dans une Société philantro¬
pique.
Il est de ces mortels, favorisés des deux ,
Qui sont tout par eux-même, et rien par leurs aïeux.
O vous ! mes chers Concitoyens, qui vous êtes
consacrés au service de l’humanité, et m’avez
jugé digne d’être associé à vos travaux, ne vous
étonnez-vous pas tous les jours que des hommes
dont la réputation va s’ensevelir avec eux dans la
poussière du tombeau, soient cependant honorés
A
♦près leur mort avec enthousiasme ; que des
éloges publics leur soient prodigués; que des
récompenses soient accordées à leurs familles-
Tandis qu’on parle à peine de la perte d’Antoine
Petit, et de Perronnet, que la même année à vu
disparaître ; qui ont également illustré leur car¬
rière, dont le génie créateur et les rares vertus
ont laissé des signes vivans à la postérité à laquelle
il semble réservé de les venger de l’indifférence
de leurs contemporains ?
Loin de moi la frivole prétention de rien
ajouter par mes foibles accens, à la gloire de
ces deux hommes avec lesquels j’étois inti-
mément lié; mais comment me refuser à la
douce consolation de répandre quelques fleurs
sur le tombeau du premier que j’ai suivi
dans les moindres actions de sa vie, parce
qu’il n’en est aucune qui ne fût inté¬
ressante
Daignez, mes chers Concitoyens, ne considérer
ce que je vais vous en dire que comme un tribut
de reconnoissance, tribut que les mânes de
Perronnet semblent également réclamer de
ceux de ses élèves qui se destinent à marcher sur
ses traces,
Antoine Petit naquit à Orléans, en 1722,
d’une famille peu fortunée. Attiré à Paris encore
très-jeune par le désir de satisfaire son goût»
pour l’étude de la chirurgie et de la médecine, il
3
s’adonna d’abord à îa première, comme un pré¬
liminaire indispensable pour se distinguer dan*
la seconde.
Il avoir reçu de la nature des présens dont
elle se montre avare envers la plupart des
hommes; Antoine Petit semblait avoir été traité
par elle avec une prédilection particulière; intel¬
ligence, esprit, perspicacité, facilité pour ap¬
prendre, mémoire, goût pour l’observation,
penchant involontaire pour suivre la carrière
qui s’ouvrait devant lui, tous ces avantages se
trouvaient réunis en sa personne; aussi ses
progrès devinrent-ils si rapides , qu’il faisait
des cours d’anatomie à ses condisciples dont
il s’attirait la confiance et l’admiration, sans
jamais exciter leur jalousie.
L’extrême médiocrité de sa fortune ne lui
permettant pas de payerla maîtrise à l’Académie
de chirurgie, Antoine Petit demanda un délai
après sa réception pour le paiement de là financé
dé la placequ’il sollicitait. L’Académie, le croira-t-
on , s’y refusa et se montra indigne de posséder
dans son sein un hommé dont les taîens précoces
auraient dû lui servir de précurseurs dans ce lycée.
Une telle méprise (disons plutôt une telle
injustice) n’aurait pas lieu aujourd’hui, où la
maxime qui faisait regarder le droit de travailler
de sa profession, comme un droit domanial
et royal , se trouve, pour l’honneur du genre
A a
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humain, effacée par la raison du code de U
politique.
La société de médecine ne tarda pas à venger
le vrai mérite, l’homme qui s’annoncait déjà
dès sa plus tendre jeunesse, sous d’aussi favo¬
rables auspices, des traits impuissans, de
l’ignorance et de la cupidité, par l’empressement
qu’elle mit à accueillir Antoine Petit, et en lui
confiant ensuite l’enseignement public dans ses
écoles.
C’est sur ce théâtre qu’il commença à fixer
les regards de la France, même de l’Europe
entière; l’universalité de ses connaissances, la
justesse de son esprit, la concision de ses idées,
la brièveté de ses dissertations, cet art, qui lui
était particulier, de mêler de l’agrément aux
matières les plus sèches et v les plus abstraites,
attirèrent au tour de sa chaire et à ses cours
particulière, un concours prodigieux de disciples
de tous les pays.
Antoine Petit excellait dans toutes les matières,
parce qu’ilrlesavai t étudiées par principes, et qu’il
exerçait sa profession en véritable observateur;
mais cette perfection, il.ne l’avait acquise que
par l’étude de l’anatomie, la regardant comme
la base sur laquelle porte principalement
Vart de guérir. Il lui semblait en effèt impossible
de connaître les-maladies qui affectent une
partie, sans connaître , en même temps, l a
partie elle-même.
5
Ces principes se trouvent développés dans
un mémoire qu’il "a publié, et dans lequel
Antoine Petit démontre, d’une manière si lu¬
mineuse , l’accord qui règne entre la médecine
et la chirurgie, et la nécessité de réunir l’étude
de ces deux'sciences.
Il s’était d’abord rendu célèbre par le suceèa
de ses opérations ; il n’en est aucune qui lui fût
étrangère ; il a prouvé que ce qui constituait
le bon chirurgien, ne consistait pas seulement
a opérer avec élégance, mais à faire précéder
et succéder le traitement convenable à la
réussite de l’opération (i).
Mais si Antoine Petit s’est montré supérieur à
lui-même., l’on peut dire que c ! est dans la partie
des accouchemens; on doit le regarder comme
le premier médecin de France qui s’en soit oc¬
cupé par pratique, qui ait fait connaître leur
méchanisme , la vraie structure de la matrice,
et, par là, déterminé les causes qui concourent
à leru' avancement ou à leur retard ; aussi est-il
( 1) Il a bani les ligatures dans les opérations, les regardant comme
jnutiles, même dangereuses, et plus douleureuses que l'opé¬
ration, sur-tout dans celle du sarcocele. On doit regarder en effet
comme un phénomène, s’il en réchappe dans cette dernière
quelques-uns de ceux auxquels on a fait la ligature. Il y a environ
trente ans, que le célèbre le Cat, de Rouen, lui envoya un malade
pour lui faire cette opération : le cordon était gangrène jusqu’à
^ anneau , le malade fut opéré, chez une garde, rue Simon-le-
Franc, avec le plus grand soin et il guérit. Antoine Peti^.sup-
pléait à la ligature , par une compression uniforme et continu#!!#
pendant deux fois vingt-quatre heures. j
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le premier, qui ait fixé, pour les gens de l’art et
les jurisconsultes, l’opinion que l’on doit concevoir
de la paternité. Pour rendre un tel service à
siècle, il avait eu à braver le préjugé barbare ac¬
crédité dans la médecine, qui lésait regarder
cet emploi comme dégradant la dignité de la
profession. Antoine Petit (j’emprunte ici ses
propres paroles) disait à ses confrères, « qu'on
» ne se dégradait, que lorsqu'on se servait de
* son bras pour poignarder ou maltraiter
à» son semblable ».
Cette partie délicate de l’anatomie, dont on
n’a peut-être pas assez senti l’utilité, vu finir
peritie des accoucheurs, et notamment des sages-
fémmes, encore disséminées dans les petites villes
et dans les campagnes, l’avait conduit à faire
une étude particulière des maladies des femmes.
Il les avait prises, depuis l’âge de puberté ,
jusqu’après l’époque de la seconde révolution;
et, quand il ne devrait qu’à cette seule partie,
la réputation dont-il jouissait, elle suffirait seule
pour éterniser sa mémoire.
Antoine Petit, conduit toujours par l’obser¬
vation , a prouvé que la médecine n’était pas
une science conjecturale, que chaque maladie
avait ses symptômes particuliers ; il n’appartenait
presque qu’à lui de prononcer d’un seul mot, et
toujours avec justesse , sur la nature de la
maladie ; aussi venait-on dé tous les pays pour
fe consulter ; que de malades n’a-t-il pas dessillés
7
au premier abord sur les doutes et les incerti¬
tudes , où les avoit plongés l’avis contradictoire
des médecins étrangers.
Les bornes de cet éloge ne me permettent
pas d’en consigner ici les détails ; on en
trouvera plusieurs exemples, dans ses ou¬
vrages, dans les trésors encore inconnus que
doivent renfermer ses porte-feuilles, (i) dans les
mémoires de l’Académie des sciences, qui s’était
empressée de le compter parmi ses membres f
et dans les écrits des savans et ceux de ses
collègues, qui ont rendu justice à sa supé¬
riorité.
Antoine Petit avait également succédé, dans
la place de professeur d’anatomie et de chirurgie
au jardin des Plantes, à cette suite d’hommes
savans qui l’avoient occupée : a-t-on jamais vu
des cours plus florissans et une affluencè plus
considérable? Les plus habiles chirurgiens et
médecins ne dédaignaient pas de s’y placer au
nombre de ses élèves.
Une vie aussi laborieuse ayant considé¬
rablement nui à sa santé, Antoine Petit fut
forcé, plusieurs années avant sa mort, d’a-
0) Il y a environ trente ans, qu’il avait donné à imprimer, un
traité sur les maladies des yeux, que je fus chargé de rétirer de ches
1 imprimeur, je ne sais pourquoi, et qui par malheur n’a jamais
vu le jour. Cette perte est d’autant plus irréparable, qu’Antoine
Petit connaissait à fonds les maladies de cet organe ; je lui ai
vu guérir des malades qui avaient été manqués par les plus
«élèbres oculistes.
A4
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tan donner l’enseignement public pour mener
une vie privée, je n’oserai dire une vie de
retraite } cette qualification serait incompatible
avec sa réputation; aussi a-t-on continué jusqu’à
sa mort, de recourir à lui comme à une source
vivante de lumières : retiré à Fontenay-aux-
Roses, petit village près'de Paris, le séjour de
la campagne offrit à ce corps épuisé de fatigues,
le repos dont il avait besoin; quant à son esprit,
il ne vieillit jamais, et conserva toujours sa
Vigueur primitive.
Partagé dans cet asyle, entre l’étude et la
méditation des merveilles de la nature, il semblait
lui rendre hommage des dons qu’il en avait
reçus ; il y était également accessible, et rédigeait
lui-même ses consultations, dont il n’est aucune
qui ne porte l’empreinte de son génie.
Je viens de parler d’un médecin et d’un
anatomiste célèbre, honorons sa mémoire sous
des rapports plus touehans, et l’on verra que
la nature -ne s’était guère moins occupée de
son cœur que de son esprit , lorsqu’elle le doua
des qualités qui le rendent non moins cher à
l’humanité qu’aux sciences.
Gette vertu , la source de toutes les autres,
qui nous fait aimer, et double pour ainsi dire notre
existence, sans laquelle on ne peut être bon
père, bon fils, bon ami, ni bon citoyen ; Antoine
Petit la possédait à un dégré éminent : qni
sait même si elle ne détermina pas sa vocation
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peur un état qui lui offrait tant d’occasion*
d’en exercer des actes? Au moins est-il vrai que
ce ne fut pas le désir de s’enrichir, qui le jetta
dans cette carrière, et qu’il a rendu utiles à la
société, les fonds qu’il y avait recueillis, en
fondant dans la faculté de. médecine de Paris,
en 1788, une chaire d’anatomie, et une de
chirurgie également dotées. Les motifs de cette
fondation sont ramenés dans l’acte lui - même.
Antoine Petit n’y dissimule pas que l’imper¬
fection de l’enseignement des cours publics
d’anatomie, lui avait donné, dès sa jeunesse, le
regret de ne pouvoir faire les frais des cours
particuliers; que les obstacles qu’il avait eus
à surmonter, lui avaient fait naître l’idée de les
épargner aux autres; que, tant que ses forces
lui avaient permis d’enseigner, il s’était cons¬
tamment tenu à ne recevoir de ses élèves que la
moitié de l’honoraire que ses prédécesseurs
recevaient des leurs; et, pour qu’il ne ^manquât
rien à la perfection de cet établissement, il
a voulu que les leçons y fussent faites en langue
vulgaire.
Orléans, sa patrie, reçut aussi des marques
de sa reconnaissance, par l’établissement d’un
hospice de pharmacie, pour les indigens, avec
les honoraires des officiers de santé qui en
dirigent les travaux; et, comme il était fils
d’un tailleur, il voulut que la place de concierge
lût donnée à un citoyen du même état. Il n’est
IÔ
pas enfin jusqu’à îa petite commune de
Fontenay - aux - Roses , qui n’ait recueilli
ses bienfaits, par le don d’une maison pour
y loger un officier de santé, dont il a fait le
traitement : tant il est vrai qu’il n’existe
pas de lieu habité par Antoine Petit, où il
n’ait laissé des traces de sa bienfaisance.
On sent, d’après l’esquisse que je viens de
tracer du caractère et des principales actions
de sa vie, qu’il portait dans son a me le germe
des vertus républicaines, et qu’il était digne
de respirer l’air de la liberté; aussi le destin
semble -t-il avoir reculé sa mort, pour lui
procurer la satisfaction d’en voir luire l’aurore I
sur cette terre qui lui avait donné le jour.
Celui-là méritait cette faveur, qui, pendant le
règne des despotes, n’avait jamais fléchi sous le
joug insupportable de leur domination et de leur '
orgueil; qui, fier de sa conduite, prenant pour
appui son génie, n’ayant d’autre, protecteur
que ses vertus, d’autre idole à encenser, que
le bien public, s’était toujours éloigné des
maisons des grands et des palais des rois; qui
a constamment dédaigné ce que Ton appellait
autrefois les grâces de la cour , et qui eut
cru flétrir, en les mendiant, ces décorations qui
n’étaient le plus souvent que le prix de l’or,
de l’intrigue ou de la flatterie ; qui s’étonnait,
lorsqu’en 1766 il dédiait à un médecin dé ses
amis , son livre immortel sur les, naissances
tardives, que la plupart des ouvrages des
savans , ne fussent dédiés qu’à ceux que le
'vulgaire appelle les grands de la terre ,
et qu’on en vît un si petit nombre, à la tête desquels
se trouvassent les noms des amis de l’auteur;
qui croyait en avoir trouvé la raison, en ce que
les grands étaient très-communs, et les 'vrais
amis très - rares} qui ajoutait, à propos des
grands, qu’il ne pouvait sé persuader qu’on
mendiât ., par préférence , le suffrage et
la protection d’un homme titré, en lui
disant que son illustre nom fera passer
l'ouvrage à la postérité . Comme si
dans la plus libre des républiques, celle
des lettres, un grand, quelque riche et
puissant qu’il soit, n’était pas, quand il
manque de connaissances , au-dessous du
simple citoyen éclairé} qui ne voyait dans la
société que deux classes d’hommes, les bons
et les mauvais citoyens; qui ne connaissait
d’autre distinction que celle que donne la
vertu, qui estimait qu’il n’était pasde place,
d’honneur, de dignité, à laquelle tout homme
ne pût être appellé par son mérite.
Celui-là était digne de respirer l’air de la
liberté, dans l’ame duquel la nature avait gravé
cette maxime, d’en agir envers son semblable
comme envers soi-même, et qui nè voyait qu’avec
une extrême douleur les orages dont cette liberté
naissante a été menacée. Mais du moins a-t-ü
goûté, avant son dernier soupir, la douceur d#
voiries factions mises au grand jour, les coupables
punis, les loi x reprendre leur empire; et l’idée
consolante'de laisser . sa patrie heureuse etflo
rissante l’a-t-elle suivi jusques dans son tombeau \
Cette consolation était d’autant plus parfaite
pour lui, qu’il avait plus d’une fois désespéré du
salut de la patrie, et du renversement du trône;
on ne détruira pas plus les 'virus 'vario¬
lique (jriécrivait-il d’Olivet, près d’Orléans,
le irf. août Ijgi) , qu’on ne détruira parmi
nous lu royauté : ce sont pourtant deux
terribles causes de maladie ; mais les jeunes
gens sont fous , les peuples ne le sont pas
moins, et quelque chose que Von fus se, les
hommes auront toujours pour tourment et la
v . et des rois.
Il était digne de mourir républicain,celui qui
avait toujours vécu comme tel ; qui, considérant
le bien en toutes choses , ne s’est jamais écarté
dans ses écrits, vis-à-vis des savans et des gens
de lettres, l’orsqu’il combattait leur opinion , des
règles de la plus exacte bienséance; et qui, ne se
proposant d’autre but, que la recherche de la
vérité, lui rendait cet hommage eh terminant sa
fameuse consultation sur les naissances tardives:
« la vérité est toujours bonne , toujours bien-
» faisante , toujours digne de no§ respects et
» de notre amour \ elle ri offre rien et ne traîne
» rien, après elle , dont nous ayons quelque
i3
« mal à appréhenderj l'erreur seule est
» haïssable y nuisible, malfaisante et la
» source de tous les maux ». La modestie
d’Antoine Petit ne lui permettait pas dé penser,
qu’en parlant ainsi de là vérité, il traçait lui
même son portrait, (i) .
De quelle faute pourrait être ternie la vie
d’un homme qui réunissait à un degré si
éminent les qualités de l’ame, du çœur^ et de
l’esprit? non, sa mémoire passera à nos derniers
neveux dans tout son lustre, et il n’est aucune
action de sa vie qui ne réponde à lui-même.
Que ceux qui lui ont reproché son penchant
trop marqué pour les femmes, disent plutôt
qu’Antoine Petit'en était généralement chéri î
J’ajouterai qu’elles le lui devaient par recon¬
naissance. Exista-t-il en effet jamais d’homme
qui leur ait rendu d’aussi importans services, et
dont les intérêts excitèrent plus que chez lui ses
sollicitudes? disons plus, c’est que quand même
Antoine Petit aurait porté un peu loin cette
passion, il eut cédé au plus doux sentiment de
la nature, lorsqu’on le circonscrit dans les bornes
de la décence et de l’honnêteté.
( i ) Voici les quatre vers qu’il a faits lui - même
pour être mis au bas de son portrait 5 peint par Greuse :
De l’honnête et du beau faisant mon bien suprême ,
A servir les humains j’ai consacré mes jours ;
Puisse-le ciel en terminer le cours,
Quand je ne pourrai plus vivra, que pour moi même]
*4
Antoine Petit, menacé par une maladie,
présage d’une fin prochaine, recueillit ce qui
lui restait de forces pour aller finir ses jours dans
sa patrie ; il y est mort au bout de deux mois, le
3 o vendémiaire dernier.
Les habitans d’Orléans en lui décernant des
honneurs funèbres extraordinaires , ont ac- i
quitté la dette qu’ils avaient plus particulièrement
contractée envers lui ; son corps a été déposé j
dans la salle de consultation gratuite de mé¬
decine , qu’il avait fondée, où il lui sera élevé un
mausolée.
Accourez autour de ce monument, hommes
de tous les pays, qui fûtes arrachés par ser
soins au trépas , qui trouvâtes auprès de
lui les lumières et les secours que vous étiez
venu chercher, et qui ne regretâtes, après
l’avoir vu, ni les fatigues, ni les frais, ni les
peines de ce voyage !
Accourez-y, indigens, infortunés, veuves,
orphelins, pour lesquels il avait une prédi¬
lection si marquée, qui avez toujours été
préférés par lui, lorsque vous fûtes en concours
avec l’homme riche et puissant, qui trouvâtes
dans sa maison un hospice toujours ouvert,
dans ses libéralités une ressource contre la
misère, dans son affabilité une consolation à vos
infortunes, dans son zèle à vous soulager, un
adoucissement à vos maux !
Accourez-y, citoyens français, véritables amis
i5
de la patrie, bienfaiteurs de l’humanité! venez
pleurer l’homme bienfaisant, humain, désin¬
téressé, charitable, compatissant ! Que votre pays
5e glorifie de lui avoir donné le jour! Arrosez de
yos larmes les cyprès qui couvrent son cercueil;
et si l’on était réduit autrefois à faire pleurer
les marbres pour attendrir les peuples sur la
perte des rois et des grands, élevons - lui dans
nos cœurs un monument plus digne de sa gloire
et de ses vertus.
FIN.
An III de la République.